Le vibe-coding : pourquoi c'est le numérus clausus du développeur web
Le vibe-coding n’est pas une nouvelle technologie. C’est un changement de posture, un glissement du rôle d’exécutant technique vers celui d’architecte, de chef d’orchestre et de garant produit. Et comme toute transformation de ce type, elle entraîne une conséquence inévitable : moins de développeurs seront nécessaires, mais ceux qui resteront devront être bien meilleurs et bien plus polyvalents.
Qu’est-ce que le vibe-coding ?
Le vibe-coding, dans son essence, consiste à concevoir et faire évoluer des produits numériques en s’appuyant sur l’intention, la vision et l’orchestration, plutôt que sur l’écriture systématique et manuelle du code.
Concrètement, cela repose sur plusieurs piliers :
- l’usage massif d’outils d’assistance (IA, générateurs, templates, scaffolding),
- une forte abstraction des couches techniques,
- une capacité à décrire un besoin plutôt qu’à implémenter chaque détail,
- une boucle itérative ultra-rapide entre idée, prototype et production.
On ne “code” plus ligne par ligne en partant de zéro.
On oriente, on pilote, on corrige, on arbitre.
Le développeur ne dit plus :
« Je vais implémenter cette feature »
Il dit plutôt :
« Voilà l’intention produit, voilà les contraintes, voilà l’architecture cible — faisons émerger la solution la plus pertinente ».
L’essor du vibe-coding face au développement classique
Le développement web “classique” reposait historiquement sur un principe simple :
- le client exprime un besoin,
- le développeur le traduit techniquement,
- le code est l’actif principal de valeur.
Ce modèle supposait :
- beaucoup de temps,
- une forte spécialisation,
- une dépendance structurelle aux équipes techniques.
Le vibe-coding casse ce schéma.
Aujourd’hui :
- les briques techniques sont standardisées,
- les frameworks sont opinionated,
- les plateformes cloud et headless ont aplati la complexité,
- l’IA permet de produire 80 % du code “commodité” en quelques minutes.
Le résultat est sans appel : le code n’est plus rare.
Ce qui devient rare, en revanche, c’est la capacité à produire un produit cohérent, maintenable, scalable et aligné avec un objectif business.
Le développement classique valorisait l’exécution.
Le vibe-coding valorise la décision.
Du développeur exécutant au chef d’orchestre
C’est ici que le métier change radicalement.
Dans un contexte de vibe-coding, le développeur n’est plus celui qui “fait”.
Il devient celui qui fait faire, au bon niveau, avec les bons outils.
Son rôle ressemble de plus en plus à celui d’un chef d’orchestre :
- il choisit les instruments (stack, outils, services),
- il définit le tempo (priorités, rythme de delivery),
- il s’assure de l’harmonie globale (UX, performance, dette technique),
- il corrige les fausses notes avant qu’elles ne deviennent critiques.
L’expertise ne se mesure plus au nombre de lignes de code écrites, mais à :
- la qualité des arbitrages,
- la pertinence des choix techniques,
- la capacité à anticiper les évolutions,
- la solidité de l’architecture dans le temps.
Autrement dit : le développeur devient un décideur technique et produit.
Un métier aux frontières du Product Ownership
Cette évolution entraîne un glissement naturel vers le rôle de Product Owner.
Pourquoi ?
Parce que dans un monde où le code est rapide à produire, la vraie complexité se situe en amont :
- comprendre le besoin réel (pas celui exprimé),
- prioriser ce qui crée de la valeur,
- découper intelligemment les fonctionnalités,
- éviter les effets tunnel et la sur-conception.
Le vibe-coding exige :
- une vision produit claire,
- une capacité à dire non,
- une compréhension fine des usages,
- un sens aigu du compromis.
Un développeur qui ne comprend pas la logique produit devient un simple opérateur d’outils automatisés — et donc facilement remplaçable.
… et du Product Design
Même constat côté Product Design.
Les outils actuels permettent de générer rapidement :
- des interfaces,
- des composants UI,
- des layouts cohérents.
Mais ils ne remplacent pas :
- le sens du parcours utilisateur,
- la compréhension des frictions,
- la capacité à concevoir une expérience fluide et désirable.
Le vibe-coding pousse le développeur à intégrer des compétences de design fonctionnel :
- hiérarchisation de l’information,
- cohérence des interactions,
- lisibilité,
- accessibilité.
Ceux qui savent penser design produisent de meilleurs produits — même avec les mêmes outils.
Pourquoi le métier de développeur va se raréfier
C’est ici que la métaphore du numerus clausus prend tout son sens.
Le marché n’aura plus besoin :
- de développeurs purement exécutants,
- de profils capables uniquement de “coder ce qu’on leur demande”,
- de spécialistes enfermés dans une seule brique technique.
En revanche, il y aura une forte demande pour :
- des développeurs-architectes,
- des profils hybrides tech / produit / design,
- des experts capables de piloter des systèmes complexes avec peu de ressources.
Grâce au vibe-coding :
- une personne bien formée pourra faire le travail de plusieurs,
- les équipes seront plus petites mais plus seniors,
- la valeur se déplacera de la production vers la conception.
Moins de développeurs, oui.
Mais beaucoup plus de responsabilité, d’impact et de valeur par individu.
Conclusion : un métier qui ne disparaît pas, mais qui se transforme
Le vibe-coding ne signe pas la mort du développeur web.
Il signe la fin d’un modèle.
Celui du technicien isolé, focalisé uniquement sur le code, coupé du produit et du design, est condamné à disparaître.
À l’inverse, le développeur capable de :
- comprendre les enjeux business,
- penser produit,
- concevoir des expériences,
- orchestrer des outils modernes,
devient plus rare, plus stratégique et plus indispensable que jamais.
Le futur du développement web ne sera pas une armée de codeurs.
Ce sera une élite de concepteurs de solutions numériques.
Et c’est précisément là que se joue le véritable numerus clausus.